Le guerrier en colère


Ça y est, je suis enragé !

Contre quoi ? Excellente question, je n'ai pas la moindre idée de la réponse. Juste enragé.
Mais c'est contre quoi je ne le suis pas que je m'interroge.

Une succession d'impression : on me cherche des petites histoires par ci par là.
Mais c'est surtout une sensation d'être perdue, de ne plus rien savoir, de ne plus rien comprendre qui crée la peur, la panique et son système de défense : la colère.

Mon estime de moi s'écroule et pourtant rien n'est venu l'ébranler sauf le temps et le fait de l'avoir trop vu. L'envie d'en changer peut être.

L'isolement se fait de plus en plus sévère et pèse sur mon coeur, qui semble lui-même faible. Sa faiblesse ? Est la sensation d'être séparé de tout.
Mes convictions les plus profondes vacillent. Les anciens référents n'agissent plus. Ils sont incomplets.

Et mes envies ? Mes envies me fatiguent ! Elles me sont toutes étrangères, ne me donnent plus envie de courir derrière. Et pourtant elles sont bien là, fortes et folles changeant de direction sans cesse. Un coup je veux ceci puis je ne le veux plus, puis je le re-veux dès que je ne peux plus l'avoir. Un cercle abruti qui me donne le tournis. Et je reproche aux gens de ne pas me comprendre ? Mais je suis moi même effaré du spectacle clownesque de mes intentions.
Ma gorge se serre de ne pouvoir exprimer ce que je désire...mais comment les dire, je ne leur fait plus confiance.


Las ! Mon épée a trop tranché, je la voie émoussé, tachée des bras sciés, qui ont repoussés depuis longtemps. Elle ne coupe plus d'ailleurs, mais je l'a porte toujours. J'ai cru un temps que de sauver les princesses et les belles âmes faisait partie de la mission sublime qui m'était confiée. Hahahaha "La vanité, c'est décidément mon pêché préféré" (cf : l'Associé du diable).J'ai donné des coups d'épée ici et là, fortement, vivement, joyeusement.
Plein d'assurance, j'ai défié les armures les plus résistantes. Mais mes ennemies n'étaient que des fantômes, j'ai lutté contre le vent... et le vent m'a vaincu sans même me toucher. Si au moins il m'avait retiré une partie de mon armure.

Mon armure ? Elle est trop lourde désormais, je ne veux plus la porter.
Mon épée est trop longue ! Elle me gêne pour marcher.
Je fais tant de bruit avec tout cet attirail que je ne m'entends même plus penser. Et pourtant ces pensées me nuisent. Elles chuchotent inlassablement " tu n'es pas assez cela, regarde on ne t'aime pas, regarde la bêtise que tu as encore faite, tu n'es pas un gars bien, tu t'es trompé encore une fois ..." Elle rabâche ces rengaines mais je ne les entends pas car les chants guerriers que j'hurle pour me donner du courage couvrent leurs murmures.
Hélas, ou heureusement, les chants se font plus discrets. Mon épée a été si tranchante qu'il n'y a plus personne à combattre, plus d'armure à transpercer. Et les pensées s'intensifient jusqu'à mon coeur assaillit de doute.

Mais je le sais, je l'ai vu mille fois : Tout est cyclique. Pour trancher dans le vif, mon épée doit d'abords prendre son élan. Avant de frapper vers le haut, elle est tiré de son fourreau en bas. Je vais bien, puis je ne vais plus bien. J'ai envie puis je n'ai plus envie. Il fait jour puis il fait nuit. L'Unvivers croit puis décroît, la vie, la mort, le yin le yang. C'est un rythme, un battement cardiaque, toum toum...toum toum.

Après la pression, la dépression.

Me voila donc encore dans ce putain de cercle !

Je suis entré, encore, dans une phase nouvelle du cercle de mes rythmes affectifs. Jusqu'à présent, dans ce cas là, j'ai toujours cherché à apprendre de nouvelles techniques de combat pour rapidement retourner le cercle et aller bien de nouveau. Je comprends aujourd'hui que mes précédentes recherches m'ont conduit jusqu'ici. En m'entraînant, je fabriquent déjà mes prochains combats, mes prochaines déceptions, mes prochaines tristesses.

La tentation est grande pourtant et j'entends déjà les bons conseils de mes pensées, "méditent plus, fait plus de chi gong, restent plus vigilant, prie plus fort, travaille plus dur, redouble d'effort". Excellent conseils n'est-ce pas ?!

Bien je n'en suis plus très sur. Oui je monterai une marche, me trouverai de nouveaux leurres, poursuivrai un nouvelle objectif puis une fois que je l'aurais atteint, je me retrouverai exactement ici, à la même place. A rédiger un texte pour me défouler et m'apercevant que je suis sur le même cercle.

Ce qui m'amuse finalement, c'est que même en ayant dit et compris tout cela, rien ne m'empêchera de remonter sur mon fidèle destrier pour aller conquérir de nouveaux châteaux et délivrer d'autres princesses. Tant que je pense que "Je ne sais rien faire d'autre".


On ne s'échappe pas du cercle, au mieux on arrive au centre. Mais même au centre, il tourne.

Commentaires

  1. Enfin l'armure est tombée, le guerrier démasqué...Ravie de l'apprendre.
    Hélas je vois qu' il te reste encore aujourd'hui à accepter qu'aucune princesse n'est à sauver par aucun guerrier dans ce monde.
    Mais tu as encore tellement de choses à apprendre, tu crois savoir mais tu ne sais rien...
    Arrete donc de tourner dans ce cercle et va faire un tour dehors. Y., vis..!

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  2. Merci pour le conseil, qui que tu sois.
    Notre conditionnement ne changera pas, nous sommes ce que nous sommes.
    Je fais mon possible mais je ne crois pas que l'on puisse sortir de ses cercles. Les voir, les accepter représente pour moi l'essentiel du travail. Ce n'est pas parce que je comprends pourquoi la pluie tombe qu'il cesse de pleuvoir. Mais enfin je comprends son utilité, alors je me rejouis de sa venue.

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