Je préfère avoir raison ou être libre ?

Combien de fois faut-il revivre les mêmes cycles pour enfin les voir et les comprendre ?
Encore une fois ce schéma. Mais cette fois je le décortique.
Une confrontation sans autre but que celui d'avoir raison.
Pourquoi autant désirer avoir raison ? Pour se convaincre soi-même ? Pour aider ? Mais je sais bien qu'aider quelqu'un qui ne le souhaite pas ; ce n'est pas aider !
Voila le synopsis : Une conversation se lance sur un sujet hautement intéressant ( peu importe lequel ). Je juge l'avis de mon interlocuteur incomplet, mal formulé ou carrément faux.
Déjà je me demande pourquoi je me sens inexorablement poussé à vouloir donner mon avis s'il ne m'est pas demandé ?

A cela plusieurs pistes :
1/Je ne vais pas laisser un homme dans l'ignorance ; prétention d'avoir LA vérité.
2/Je vais l'aider à voir les choses autrement pour son bien; fourvoiement c'est le syndrome de la toute puissance infantile. Comment saurais-je ce qui est bon pour un autre que moi ? J'ai déjà tant de mal à le savoir pour moi même. Puis de quoi je me mêle au juste ?
3/Ses idées me dérangent et je ne veux pas rester avec cette sensation ; fuite par la parole, plutôt que de vivre la sensation jusqu'au bout.
4/Chouette, j'ai enfin l'occasion de briller par ma sagesse ; vanité.
Au préalable, lorsque je prend la parole pour corriger, expliquer, enseigner ou aider il n'y a dans mon ressentie pas une once d'agressivité. D'autant qu'apporter la vérité place mon ego dans une position confortable ! Et pourtant.
Évidement, l'interlocuteur ne va pas systématiquement changer d'avis dès la première parole, surtout sur un sujet philosophique, métaphysique, théologique ou sur une recette de cuisine. Bien souvent, il soutient avec fermeté ce en quoi il croit. Comment lui reprocher d'ailleurs de ne pas se désavouer ? (Ici sont écartés les cas ou la personne se ralie immédiatement à notre cause).
Et là subitement, mon ego se frustre. "J'"ai l'impression de ne pas arriver à me faire comprendre, l'autre semble répondre à côté ou faire preuve de mauvaise foi, résiste à mon idée, se défend, ce qui entraîne une réaction en chaîne. Je veux d'autant plus être compris, la frustration augmente, agacement puis la colère arrive. Le sujet n'a évidemment plus aucun intérêt, il s'agit de confronter des ego QUI AURA RAISON ? Mais personnes bien sur ! Dans le meilleur des cas la communication est rompue, on change de sujet, dans le pire on en vient à se battre physiquement.
Fort heureusement aujourd'hui je n'en viens plus au main, mais je le faisais fréquemment en maternelle et déjà pour la même raison.
Fort heureusement aujourd'hui je suis plus vigilant, je vois la colère monter, je la laisse s'exprimer sans pour autant en faire porter la responsabilité à mon interlocuteur.
Mais peu importe finalement que les conséquences soient mieux traitées aujourd'hui, c'est la cause qui est en cause.
Je préfère avoir raison ou être libre ?
Voila la question qui se pose lors d'une confrontation d'idée dont on voit rapidement qu'elle n'a aucune issue.
Ne puis-je pas simplement écouter un avis contraire au mien et ne pas réagir. Et si l'on me demande de réagir simplement dire que je ne suis pas d'accord, ou encore exprimer le fond de ma pensée si elle m'est réclamée sans pour autant étaillé, approfondir, contourner les arguments contraires, combattre, devenir politique ... ?

"Le contraire de la vérité est aussi vraie que la vérité elle même", il n'y a pas de vérité et tout est vérité.
Le paradoxe est fondement de la vie, tel le yin et le yang.
Ce que je sais, c'est que je ne peux la voir (l'avoir), seul D.ieu connaît la vérité.
Je ne peux pas savoir ce qui est bon pour un autre que moi, car je ne sais pas ce que la vie lui réserve et cherche à lui enseigner. Ainsi quelqu'un que je pourrais juger égaré peut être bien plus proche que moi de sa vérité.
Ce qui me met en colère au fond, c'est que l'on puisse contester ce en quoi je crois. Car je tiens à mes idées, à mes certitudes.
Ce qui me met en colère c'est de ne pas réussir à communiquer avec l'autre par les mots. Que les mots sont de tant source d'interprétation que la même phrase a selon les Cabalistes 70 sens différents.
Ce qui me met en colère au fond, c'est cette solitude profonde ressentie suite à un échec de communication. Car enfin je n'arrive pas faire entrer l'autre dans mon monde.
Il me semble que cela pourrait être intéressant de se taire lorsqu'il est inutile de parler. D'être là pour ceux qui nous le demande, mais ne pas s'exprimer pour s'entendre parler soi-même, pour tester ses idées sur les autres afin de se rassurer, pour justifier tout ces livres engloutis, pour impressionner, pour exister à travers l'autre.

La retraite de silence avait révélé combien la parole est liée à l'ego. En effet, je me rappel clairement que pendant toute la semaine aucune confrontation n'eut lieu, à eux seul les yeux et les sourires exprimaient tout. Mais le dernier soir, dès l'instant que nous pouvions parler, j'ai ressentie de nouveau ce désir brulant de vouloir convaincre, briller, défendre et attaquer. Combien d'énergie gaspillée ?
Vigilance et sincérité.
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