Croyez-vous que l'on puisse jamais être à l'abri ?


Non, on ne peut jamais être à l'abri. La Vie est impermanence. La seule chose qui dure est que rien ne dure. Il y aura toujours après une période facile quelque chose de difficile à vivre, après une réussite, il y a aura un échec, après une joie, une tristesse. La définition d'une chose crée son opposé. Ainsi si je dis le mot arbre, je définie aussi tout ce qui n'est pas arbre. Alors dans la victoire est le germe de l'échec et c'est aujourd'hui pour cela que la souffrance est si grande en moi. Car je m'accroche aux victoires et refusent les défaites. Je n'accepte pas qu'une épreuve "dépassée" dans le passé, puisse revenir et être cette fois victorieuse, douloureuse car cela signifie pour l'ego "Tu ne progresses pas". Et c'est bien dans l'idée de progression, d'effort que se loge d'or et déjà, l'échec et la souffrance. La souffrance peut être la honte, la culpabilité, elle est toujours un refus, une résistance. Oui la théorie est connue et c'est dans cette certitude du connu que née le doute et la peur. Le doute est un compagnon tenace, il tient à être présent dans chacune de nos pensées. La peur survient lorsque notre connu, nos certitudes sont malmenées. Alors non seulement le futur devient obscur, inquiétant et inconnu mais le passé et les soi-disants progrès accomplis deviennent insignifiant. Soudain nous avons la sensation d'être dans un grand vide.

Le présent quant à lui n'existe plus puisque le mental oscille entre passé et futur en permanence pour trouver une solution afin de sortir de cet état mental. Le mental veut sortir de l'état mental ! Le serpent se mort la queu.
La souffrance nourrit le mental qui nourrit la souffrance

 et cet état auto-entretenu se maintient jusqu'à ce que la souffrance devienne trop forte et/ou que l'on accepte la réalité telle qu'elle est, laissant les infinis possibilités de la Vie s'accomplir. Mais l'acceptation peut-elle réellement faire l'objet d'un effort, d'une décision ou est-elle le fruit d'une compréhension, d'une prise de conscience qui surgit soudain ?


Mon corps est une machine à fabriquer des désirs, les pulsions nombreuses, surviennent fréquemment, inlassablement. Il exige purement et simplement l'assouvissement de mes désirs. Soit immédiatement, soit il se crée alors une attente. Tout le mental se met au service de ces pulsions pour trouver comment arriver à les assouvir. Les possibilités sont envisagés, il faudrait ceci avec cela qui permettrait ceci et alors je me sentirai bien car mon désir sera contenté. Soit le désir est assouvi, et une agréable sensation de satisfaction gratifie "l'hôte du corps"; passant alors au désir suivant, avec la fameuse pensée " Et je fais quoi maintenant" ; soit les attentes sont déçues et la souffrance s'empare du mental avec l'armada des "je ne suis pas assez ceci, ou cela, je ne mérite pas ceci ou cela..." soit encore de nouvelles attentes se créent cherchant une nouvelle possibilité d'assouvir le même désir.


Le désir pendant l'attente reste, il maintient sa pression afin d'être réaliser. Si l'esprit refuse d'aller dans son sens, il se calme et reviendra un peu plus tard. Des fois, un désir disparaît remplacé par un autre. Plus il est assouvie et gratifiant, plus il grandit et devient récurrent.
Et c'est dans une véritable prison de désir et de pulsion que je vie. Réprimant certain désirs, "pas cette femme, pas de cigarette, pas d'alcool, pas manger ceci, pas de rôle, pas de, pas de, pas de" et tout ces "pas de" sont une nouvelle prison crée pour échapper à la première. La Vie est dans ce cas, une lutte permanente, un combat pour passer d'une prison à une autre.
Comment faire pour en sortir ? Rien ! Dans la question comment faire ? Sont déjà les attentes, les déceptions, les victoires, les jugements, les définitions, la prison suivante. Quelque soit la technique pour sortir de...elle nous emprisonne car nous entrons dans...


On parle beaucoup du moment présent, certain explique que l'on peut y être consciemment en faisant ceci ou cela. Pour les avoir pratiquer ses méthodes fonctionnent, OUI ! Jusqu'à ce qu'elles ne fonctionnent plus ! Les efforts à faire pour entrer dans le moment présent, ou pour y rester sont immenses. Un homme moyen à une capacité de concentration sur un objet de 6 à 8 seconde. Certes, en état totalement dans mon corps, ou en écoutant le silence ou en pensant à accepter pendant 8 seconde, je me sens bien, Oui. Mais après ? De nouveau nos pensées nous emmènent et la culpabilité ou la volonté se renforce. "Arf, je ne suis pas assez ceci, bon je fais continuer à m'entraîner jusqu'à ce que ..." Jusqu'à quoi ?
Jusqu'à que l'on arrête d'essayer, que l'on en est marre, qu'un évènement dans la Vie nous secoue si fort, que le mental s'emballe et là, il n'y a plus rien à faire, toute les techniques explosent, la sagesse, les résolutions, la volonté ne sont plus d'aucun secours. Il n'y a pas de sécurité, pas d'abris, nous ne sommes pas à l'abri.


Je m'apercois en voyant cette image que je me sens moins en sécurité dans ma Vie que ce bébé. Il n'a aucun pouvoir, est complètement dépendant, ne peut absolument rien faire. Il est la faiblesse incarné. Mais il est pour autant dans une quiétude infinie, car il ne veut rien, son état est l'abandon total, il ne peut en être autrement, il n'a pas le choix, n'a pas le choix d'un choix. Il ne sait rien, il n'est pas à l'abri, il est une brindille sur un cour d'eau. Quant à moi je suis savant, je suis fort, je suis en bonne santé, je connais des gens, j'ai mille pouvoir ! Et je suis mort de trouille, m'accrochant à tout pour exister, voulant, désirant, attendant, exigeant, contrôlant, maîtrisant... Au secours, au secours, je ne suis pas à l'abri.

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