Le pacte

On raconte qu'un jour un saint ermite s'en fu prier dans une clairière proche de sa demeure.
Il s'assit au pied d'un arbre et dans son âme silencieuse invita les feuillages, les chants d'oiseaux, l'odeur de l'herbe, les carresses du vent, la chaude saveur de midi. C'etait ainsi qu'il s'abandonnait à l'amitié du Créateur
Or, comme il s'alanguissait dans sa béatitude, la voix d'En-Haut soudain le reveilla.
Elle était sombre mais légère et tranquillement amusée.
-Tu aime que l'on t'aime dit elle, je le sais. C'est un vice mineur n'en faison pas un drame.
Mais si je disais aux gens comme parfois tu les oublies et te complais en distraction futile crois-tu qu'ils t'estimeraient encore assez pour venir tous les jours te nourrir et te baiser dévotement les doigts ?
L'ermite entendit ces paroles. Il s'ému puis plongeant à nouveau dans la beauté du monde :
-Seigneur, il est bien vrai que je suis imparfait.
Mais si je disais aux vivants l'étendu de ton amour et la démesure de ta miséricorde, ne seraient-ils pas à jamais rassurés et craindraient-ils encore de s'éloigner de toi ?
Vint un silence long
D... repondit enfin :
Certes, tu as raison. Ne leur dis rien, ami. je me tairai aussi.
Extrait de L'Amour foudre d'Henri Gougaud, un pur délice.

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