8.5.11

La peur de sentir


Ne cherchons pas plus loin, tous nos problèmes se résument à un seul, la peur de sentir.
La peur de sentir une émotion, de sentir quelque chose que notre mental qualifie de désagréable. Et la peur elle-même est une sensation qualifiée de désagréable et nous voici avec une nouvelle peur, la peur d'avoir peur.

Prenons un exemple parmis des milliers :
Je suis entrain d'attendre quelqu'un et je suis en avance. J'ai hâte. Je suis posé sur un banc, le soleil caresse mon visage, je me sens bien ce qui signifie "mes sensations sont qualifiées par mon mental comme agréables".


L'heure du rendez-vous approche et soudain la sensation change, une angoisse, une anxiété. Le mental prend la forme de "J'ai peur qu'il ne vienne pas au rendez-vous".
Que ce passerait-il si la personne ne venait pas ? Pas grand chose en réalité, et ce même si vous considérez votre rdv comme important.

Certain diront "moi je n'ai pas ce problème si quelqu'un arrive en retard ou me pose un lapin, cela ne me fait rien". En effet, nous ne sommes pas tous sensible au même chose. Mais demandez-vous qu'arriverait-il si quelqu'un tâche votre chemise, raille votre voiture, ou vous double à droite ... Je suis certain que vous trouverez chez vous aussi des cas dans lesquels il ne se passe rien de grave mais qui vous rende "malade".

Revenons à notre histoire :
De quoi ai-je peur réellement, je suis toujours sur mon banc, le soleil est toujours aussi là mais cependant l'attente devient de plus en plus insupportable. Qu'est-ce qui est insupportable au fond ? Qu'est-ce qui est à supporter plutôt ? Une sensation.


On voit bien dans cette situation, qui devient tragique dans notre seul tête au fur et à mesure que l'heure tourne et que la personne ne donne aucune nouvelles, qu'il ne se passe absolument rien de fâcheux mais que nous passons pourtant d'un état paisible, à un état non paisible.

Le mental enclenche :"Hooo pourquoi ne prévient-elle pas ?!" ou encore "Pourquoi cela me touche tellement ?" ou encore " si c'est comme ça moi je blablabla blablabla". Le mental s'alimente de la sensation et fait tout son possible pour qu'on ne ressente pas directement. Mais que ce passerait-il si au lieux de ce bavardage mental nous écoutions simplement la sensation ? Rien de fâcheux.
C'est qu'en réalité il n'y a rien à craindre des sensations, "agréable ou désagréable" ne sont que des commentaires. Les sensations sont, quel problème avec cela ?
Si à la place de commenter, on se contente de sentir la sensation qui est en nous, vivante, mouvante et digne d'intérêt que ce passera-t-il ? Découvrez-le, mais ce qui est sûr c'est que cela ne vous tuera pas.
Alors pourquoi en avons-nous si peur, pourquoi cette habitude de fuir ?
Je peux comprendre que l'on redoute les réactions que des sensations peuvent nous pousser à faire. Il n'y a pas un suicide sans sensation, pas une agression, pas une cigarette fumée...
Mais c'est justement la peur de sentir qui nous pousse à agir. Je dois absolument arrêter de sentir cela alors je me met à agir. L'action peut-elle être appropriée dans ce cas ? Jamais ! Lorsque le centre émotionnel est touché, ce n'est pas au centre physique de répondre. Agir sous l'impacte d'émotion c'est agir confus.

Mais pourquoi craignons-nous autant de ressentir ?

Les sensations sont rarement nouvelles, les émotions encore moins. Nous les connaissons toutes et elles sont les mêmes, seul leur intensité change. Elles ne proviennent que du passé et sont réactualisées dès qu'un événement ressemble à un événement vécu antérieurement.

Alors, on peut aller faire des psychanalyses, remonter dans notre enfance pour comprendre qu'on nous a fait ceci ou cela et que l'on a mal vécu la situation et que et que et que... Cela marche certaine fois mais cela ne vous transformera pas. Ce dont le centre émotionnel à besoin pour grandir c'est d'espace. Après avoir étudié avec votre psy l'étape de notre vie en question, il y en a encore d'autre à régler. Le psy vous aide à laisser l'espace à vos émotions. Et en attendant ? Vous passez votre vie à régler votre passé ? Vous commencerez à vivre dans votre cercueil ?

Gagnons un temps précieux et posons nous un moment. Je suis sur mon banc et je ressens une angoisse, je la vie, je la sens, je l'autorise, je l'accepte, je lui offre l'espace d'être...et ça s'arrête là. Elle a son espace, se libère et disparaît.

Ni je ne la crains pas, ni je ne la juge pas, je l'écoute, je la vois. Je ne la commente pas, je fais UN avec elle.
Que va-t-il se passer ? Rien. L'émotion va faire son travail et disparaîtra sans laisser de trace.
A force de faire ce petit exercice, qui n'est autre que de ne faire aucun effort pour contrer une sensation mais de l'autoriser à être simplement, nous voyons que nous n'avons rien à craindre d'elle.
Et la peur de sentir disparaît peu à peu. Vous serez étonné de voir ce qui se produit au bout d'un certain temps, la peur de sentir devient la joie de sentir et de vivre. Vivre une vie totale c'est ressentir tout ce qui se passe. C'est une transformation, une libération.

Je ne dis pas que c'est facile, ce qui est simple n'est pas forcement simpliste. Mais peu à peu le feu de la conscience brûle la bûche de souffrance et l'a fait disparaître en fumée.

4 commentaires:

  1. Anonyme20:47

    L exemple traite un ressenti déçevant, blessant, touchant notre ego et notre amour propre... Ok pour cette technique dans ce cas...mais qu en est-il du ressenti si violent qu'on préfèrerait finalement une bonne grosse douleur physique ? Qu en est il de cette abominable douleur capable de nous arracher les trippes ? Comment apaiser cette émotion là ? Celle qui est tellement insupportable qu on ne peut en aucun cas envisager la revivre un jour ? Celle qui nous ronge et nous epuise jusqu a nous achever...

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    1. Pour étayer ma réponse, je vais passer par un autre exemple. Si j'avais indiqué une technique pour monter un escalier. J'aurais expliqué le positionnement du corps, le mouvement adéquat pour franchir 1 marche. Et ta question serait alors ok pour 1 marche mais qu'en est il alors d'un escalier de 10 000 marches abruptes ? La réponse est qu'il faut monter 1 marche à la fois. Dans l'instant présent, il n'existe qu'une marche à monter et non les 10 000. Chaque marche est la seule marche.

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    2. Si l'on doit affronter un tel escalier de 10 000 marches, il faut savoir en monter 1, c'est le centre physique qui est à l’œuvre. Quand notre mental (un autre centre donc) nous décourage à l'avance, quand notre peur d'échouer nous donne envie de renoncer, l'épreuve de l'escalier a déjà commencé. Ce sont des marches invisibles avant les marches visibles qui doivent être franchies dans un autre centre. Il faudra accueillir le découragement, la peur car dans l'instant c'est ce qui serait. Sans le centre mental, nous serions déjà sur la marche, la seule marche à la fois.

      Ceci pour expliquer entre autre que nos trois centres sont inter-reliés et qu'il faut un corps capable de laisser passer l'énergie de l'émotion, un corps souple, fluide, détendu, pour que le centre émotionnel puis jouer son rôle. Il nous faut aussi un mental capable de voir le présent, sans cela, il va reproduire sans cesse des émotions "artificielles".

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  2. J'ajouterai enfin qu'aucune émotion ne peut être qualifié de "Celle qui nous ronge et nous épuise jusqu'à nous achever".
    Une émotion ne dure au maximum que 90 secondes, et ne tue pas, après c'est notre mental qui l'entretient, ce que je voulais décrire par émotions artificielles. Cela se produit lorsque l'émotion non vécue totalement laisse des traces énergétiques dans le corps. Alors le mental s'en nourrit pour retenter l'évacuation d'une part mais pas seulement hélas, il s'en sert pour se définir. L'Ego s'approprie alors cette souffrance et peut aller jusqu'à en faire un pilier de ce qu'il pense être son identité.

    J'essaie d'expliquer ici avec des phrases compliquées ce qu'enfant nous savions très bien faire. Lorsque notre mental ne venait pas perturber l'évacuation des émotions. Les enfants passent des pleurs aux rires en quelques instants. Pour nous, il nous faudra apprendre à distinguer ce qui est de l'ordre du mental et ce qui est de l'ordre émotionnel, pour ne faire intervenir que le centre concerné. Merci pour ta question.

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